Petit guide pour l’indépendance, la langue et le patriotisme
Le discours de Saint-Jean-Baptiste que j’aurais aimé faire

English will follow the French version
J’adore ce titre, car, à première vue, surtout en ce 24 juin, difficile de distinguer si je parle du Québec ou de l’Ukraine. Je parle des deux.
Là-bas, lorsque je rencontrais quelqu’un, à la question « d’où viens-tu », j’aimais toujours répondre : « Québec ». Pour trois raisons : premièrement, si la personne n’avait jamais entendu parler de la province, j’avais l’occasion de les surprendre en leur apprenant qu’au Canada, il y a une province majoritairement francophone de 8.4 millions d’habitants; deuxièmement, si au contraire il connaissait le Québec, mon interlocuteur n’avait souvent pas eu l’occasion de rencontrer quelqu’un d’ici. La troisième raison est que je n’ai pas de sentiment d’appartenance pour le Canada. Je me serais facilité la vie – et je me serais même trouvé du capital de sympathie vu la relation spéciale entre l’Ukraine et le Canada – en mentionnant le pays plutôt que la province. Mais il y avait pour moi quelque chose d’hypocrite à faire ça, déjà que j’arborais avec réluctance un insigne d’unifolié sur mes vêtements.
Les deux premières raisons avaient pour avantage d’être d’excellentes amorces de conversation, et emmenaient très rapidement à de riches discussions sur ces forts thèmes que l’Ukraine et le Québec partagent : l'indépendance, la langue et le patriotisme. De notre côté, nous menons une lutte tranquille comme nos révolutions, mais constante depuis longtemps pour protéger le français et notre société distincts face à l'influence de la culture anglophone qui nous entoure. Du leur, les Ukrainiens ayant affirmés leur indépendance suite à la chute de l’Union soviétique en 1991, continue de lutter pour préserver leur liberté depuis 2014, suite à l’annexation illégal de la Crimée et l’aggravent des tumultes dans les régions de Louhansk et Donetsk.
L’indépendance
Je vous le dis d’emblée, lorsque je leur faisais un petit résumé de notre histoire récente, l’idée de l’indépendance du Québec en a fait sourire plus d’un. Tout le monde en Ukraine connait le Canada. La plupart des gens rencontrés là-bas avaient un lien direct ou indirect avec le pays, et y avaient soit des amis, soit de la famille proche ou éloignée, ou un mix de tout ça. Pas étonnant, considérant que le Canada est la maison de la troisième plus grande population d'origine ukrainienne au monde (après l'Ukraine et la Russie). Ils souriaient parce que, pour eux, le Canada représente une terre d’accueil paisible et un idéal à atteindre, et beaucoup d’Ukrainiens rêvent de visiter ou même déménager ici. Ils ne pouvaient pas concevoir qu’une partie du pays de leur rêve puisse vouloir s’en séparer. Eux qui doivent verser leur sang pour préserver leur indépendance, le fait que l’armée ne soit pas à nos portes rendait complètement absurde l’idée de vouloir obtenir la nôtre. Malgré les différences de contexte et d'ampleur, il y a des similitudes entre les aspirations du Québec et de l'Ukraine : les deux sont ancrés dans la volonté de préserver une identité culturelle distincte et de protéger leur héritage historique. Je paris que vous savez déjà à partir de quel sujet nous parvenions à nous comprendre…
Les langues de chez eux
La langue ukrainienne a joué un rôle important dans la préservation de l'identité nationale ukrainienne, notamment lors de la Révolution orange de 2004 et la Révolution de la dignité, entre 2013-2014.
La langue française est également au cœur de la lutte identitaire du Québec, dans laquelle on considère le français comme étant essentiel pour préserver une identité distincte dans un environnement majoritairement anglophone. Beaucoup de jeunes ukrainiens ayant vécu la Révolution de la Dignité m’ont confié tâcher de ne parler qu’ukrainien, depuis ces événements. L’un m’a dit anxieusement avoir toujours un « fil de pensée » en russe même s’il faisait usage de l’ukrainien tous les jours. D’autres me confiaient avec une certaine honte que, avant 2014, même s’ils avaient appris l’ukrainien à l’école, leurs vies familiales et amicales se déroulaient exclusivement en russe. La langue première de leur pays, qu’ils apprenaient tous les jours, ne leur servait que de langue seconde. De fait, lorsque j’entendais mes amis parler entre eux, j’arrivais à comprendre en partie, puisqu’ils intégraient beaucoup de russe à travers leur ukrainien. Cela me rappelait beaucoup notre propre bataille contre le franglais (mené de front par Lieutenant-Général Winston Faucon Chill). Un autre ami m’exprimait avec passion comment ils trouvaient que même jusqu’au juron, la langue ukrainienne était mieux que le russe. Il m’expliqua que les jurons russes étaient noirs, avec une énergie maléfique. Il trouvait plutôt les blasphèmes ukrainiens beaucoup plus amusants et créatifs, car ils prenaient surtout la forme de malédictions qu’on inflige à notre interlocuteur. Cela non plus n’était pas sans me rappeler l’unicité de nos singuliers blasphèmes liturgiques, qui font notre particularité.
Maintenant, l’ukrainien est devenu leur ciment national. C’est ainsi qu’ils se reconnaissent, allant même jusqu’à utiliser un stratagème langagier pour s’identifier entre eux! C’est ce qui leur permet d’exprimer leur poésie, leur humour et leur folklore, qui ne peuvent être bien compris qu’avec les subtilités de leur langage. J’ai trouvé cela beau à voir, et cela m’a aussi rendue triste quand je pense à notre propre manque d’unité, et au niveau élevé d’apathie devant le déclin du français et ce que sa disparition implique. Je ressentais que beaucoup d’Ukrainiens se réunissaient sous leur langue commune comme si c’était le plus fort des drapeaux : j’ai vu dans quoi le plus beau des patriotismes se forme.
Le patriotisme
J’espère qu’il est évident que lorsque je parle de patriotisme, je ne parle pas du patriotisme qui sert de mascarade à des camionneurs fascistes. Moi-même, à travers les années, je me suis éloigné du terme et l’ai approché avec un grand scepticisme. À voir qui l’arborait fièrement, il était clair que l’idée de ce qu’est un patriote en cet air du temps ne me convenait pas. J’ai refait mes classes en Ukraine sur le sens de ce qu’est un vrai patriote et les valeurs profondes que nous donnons à ce titre.
J’ai questionné quelques fois les gens que je rencontrais, lorsque la discussion y était propice : « Qu’est-ce que ça veut dire, être ukrainien? ». J’ai été étonné du thème récurent de la réponse, en provenance de plusieurs personnes différentes n’ayant aucun lien entre elles. Tous me répondaient par une variation d’une seule phrase : « Ça veut dire être libre. Si vous aimez la liberté et supportez notre indépendance, tout le monde peut être ukrainien ». Ce n’était pas sans me rappeler les paroles de Pierres Falardeau. Bien que j’aie un malaise avec ce dernier, il n’a pas manqué de me faire sourire quelques fois :
« Moé, le monde, j’veux pas savoir d’où ils viennent, j’veux savoir où ils vont. Le monde, ils peuvent être blancs, jaunes, noirs, mauves, bleus avec des pitons jaune-orange : j’m’en câlice. S’ils veulent se battre avec moé, c’est mes frères ! » - P. Falardeau
Les malaises de chez nous
Dans les dernières années, j’ai tendu l’oreille et me suis sensibilisé aux enjeux des Premières Nations. J’ai pris connaissance du racisme systémique et ce que ça l’implique, et je me rends attentive et disponible pour en apprendre plus sur leur histoire. Plus jeune, la façon dont l’école me dépeignait, les Premières Nations me donnaient l’impression qu’elles étaient pratiquement disparues, et en parlaient de façon presque anecdotique. Dès lors, du moment que je réfléchis à mon identité face au reste du Canada, j’éprouve un malaise, car je ne peux pas penser à cette identité comme une finalité si je ne m’ouvre pas à ce qu’il y a vraiment dans notre province, et depuis bien plus longtemps que « nous ». À chaque fois que je comparais le combat de l’Ukraine et celui des Québécois, une forte voix prenait toujours le dessus, et me faisait en fait réaliser que ce combat est peut-être en fait, plus près de celui des Premières Nations, car ils ont été également victime de la colonisation des francophones. Je fais donc partie du problème historique tant que je ne ferai pas clairement partie de la solution. Ironiquement et malheureusement, il m’a fallu être en Ukraine pour que je réalise que les nations autochtones sont à chacune d’entre elles, un pays à découvrir, et que je ne les connais que beaucoup trop peu. Notre patriotisme et notre culture ne devraient pas se créer autour de l’idée d’une seule langue, et d’un seul peuple, mais devraient aussi inclure les 9 langues autochtones encore parlées et les nations présentent dans la province.
En Ukraine, bien que j’aie vu les efforts de priorisation de l’ukrainien, des régions au Sud - comme Odesa - restent majoritairement et ouvertement russophones. Ils ne se sentent pas moins ukrainiens. Lorsque je suis arrivée dans cette ville, je n’avais jamais vu autant de drapeaux bleu et jaune dans les rues. Flottant sur un bâtiment ou peint à chaque adresse, c’était évident que la Russie n’habitait pas les lieux malgré la dominance de sa langue dans l’espace public.


En posant la question à un chauffeur de taxi sur l’omniprésence du drapeau, il me répond ceci : « Odesa est russophone, mais nous ne sommes pas moins ukrainiens. On expose les drapeaux pour que ce soit clair : nous ne sommes pas russes ». Encore une fois, je ne peux m’empêcher de penser au Québec, sa population anglophone et nos grognes réciproques sans cesse renouvelées. Pourtant, René Lévesque était clair sur le rôle des anglophones dans la souveraineté. Ça ne devrait pas être différent pour notre identité et notre patriotisme.
Notre patriotisme doit aussi inclure le fait que – malgré les problèmes d’infrastructures – nous restons une terre d’accueil de rêve pour beaucoup de citoyens de partout dans le monde. Le fait de l’immigration, nous ne devons pas la maudire, mais l’accueillir et l’intégrer dans notre démarche et notre partage identitaire : c’est tout à fait possible que le patriotisme s’étende à tous ceux qui adoptent le Québec, comme maison et qui décident d’y vivre, tout comme les patriotes d’Ukraine m’ont accueilli comme une des leurs.
Allégeance à L’État d’esprit
La forge du patriotisme devrait en fait être fondée non pas sur nos ambitions passées, mais sur une grande histoire culturelle à accomplir, et un futur a réalisé. Les Ukrainiens m'ont appris que le patriotisme, ce n’est pas d’appartenir à un État, mais bien à un État d’esprit. C’est un sens venu du cœur qui peut survivre à toutes les répressions politiques et même l’absence de nation. Tant qu’on a une culture, une langue pour la porter, et des terres pour la propager, nous avons la liberté.
Je plaide pour un patriotisme bienveillant qui signifie non seulement d’accepter le passé, mais surtout de partager lucidement notre présent et notre avenir : Notre future doit être la somme des erreurs d’hier et des leçons d’aujourd’hui. Nous devons embrasser les différentes langues qui vivent et veulent vivre ici. Il n’y a plus de place pour le patriotisme xénophobe de meute, qui ne veut que renforcer ses propres traditions. Un patriotisme plus inclusif qui tisse ensemble nos communautés, ce n’est pas seulement une meilleure façon de faire l’histoire, c’est une meilleure manière de vivre dans le présent.
Est-ce que tout ça doit se passer dans un pays à nous?
Pas besoin de le savoir maintenant.
Nous le saurons lorsque nous serons enfin redevenus des patriotes.
Слава Україні
Слава Квебеку
Героям слава
A guide to independence, language and patriotism
The Saint-Jean-Baptiste speech I wish I'd given

I love this title because, at first glance, especially on this June 24, it's hard to tell whether I'm talking about Quebec or Ukraine. I'm talking about both.
Over there, when I met someone and they’d asked "Where are you from," I always liked to answer, "Quebec." There were three reasons for this: firstly, if the person had never heard of the province, I had the opportunity to surprise them by telling them that Canada has a predominantly French-speaking province with a population of 8.4 million; secondly, if they knew Quebec, they often hadn't had the opportunity to meet anyone from here. The third reason is that I have no sense of belonging to Canada. I would have made life easier for myself - and even gained some sympathy, given the special relationship between Ukraine and Canada - by mentioning the country rather than the province. But for me, there was something hypocritical in doing so, especially since I was already reluctantly wearing a Maple Leaf insignia on my clothes.
The first two reasons were excellent conversation starters, and quickly led to rich discussions on those strong themes that Ukraine and Quebec share: independence, language and patriotism. For our part, we've been waging a struggle, as quiet as our revolutions, but one that has been constant for a long time, to protect French and our distinct society from the influence of the English-speaking culture that surrounds us. For their part, Ukrainians who asserted their independence following the collapse of the Soviet Union in 1991, have been fighting to preserve their freedom time and time again, especially since 2014, following the illegal annexation of Crimea and the worsening turmoil in the Luhansk and Donetsk regions.
Independence
I'll tell you right off the bat, when I gave them a little summary of our recent history, the idea of Quebec independence brought a smile to their faces. Everyone in Ukraine knows Canada. Most of the people I met there had a direct or indirect link with the country, and either had friends there, or close or distant family, or a mixture of all of these. Not surprising, considering that Canada is home to the third-largest population of Ukrainian origin in the world (after Ukraine and Russia). They were smiling because, for them, Canada represents a peaceful nation and an ideal to strive for, and many Ukrainians dream of visiting or even moving here. They couldn't imagine that part of their dream country would want to separates from it. As people who have to shed their blood to preserve their independence, the fact that the army isn't on our doorstep makes it completely absurd to want to obtain ours. Despite the differences in context and scope, there are similarities between the aspirations of Quebec and Ukraine: both are rooted in the desire to preserve a distinct cultural identity and protect their historical heritage. I'm sure you're already aware of the subject on which we've come to resemble each other: preserving our common language.
Our homes languages
The Ukrainian language has played an important role in preserving Ukrainian national identity, particularly during the Orange Revolution of 2004 and the Revolution of Dignity between 2013 and 2014.
The French language is also at the heart of Quebec's identity struggle, in which French is seen as essential to preserving a distinct identity in a predominantly English-speaking environment. Many of the young Ukrainians who lived through the Revolution of Dignity have confided in me that they have tried to speak only Ukrainian ever since. One anxiously told me he still had a "Russian train of thought", even though he used Ukrainian every day. Others admitted a certain shame that, before 2014, even though they had learned Ukrainian at school, their family lives and friendships were conducted exclusively in Russian. Their country's first language, which they learned every day, served only as a second language. In fact, when I heard my friends talking to each other, I could understand some of it, as they integrated a lot of Russian into their Ukrainian. It reminded me a lot of our own battles against frenglish (led head-on by Lieutenant-Général Winston FauconChill). Another friend was passionately expressing to me how they found that even down to swearing, the Ukrainian language was better than Russian. He explained that Russian swearwords were dark, full of evil energy. Instead, he found Ukrainian profanities much more amusing and creative, as they mostly took the form of curses inflicted on others. This, too, reminded me of the uniqueness of language with our unique liturgical blasphemies.
Now, Ukrainian has become their national cement. It's how they recognize themselves, even going so far as to use a linguistic stratagem to identify each other! This allows them to express their poetry, humour and folklore, which can only be properly understood through the subtleties of their language. I found this beautiful to see, and it also made me sad when I think of our own lack of unity, and the high level of apathy towards the decline of French and what its demise implies. I felt that many Ukrainians came together under their common language as if it were the most beautiful of flags: I saw in what the most beautiful of patriotisms is formed.
Patriotism
I hope it's clear that when I speak of patriotism, I don't mean the patriotism that serves as a masquerade for fascist truckers. I myself, over the years, have distanced myself from the term and approached it with great skepticism. Seeing it proudly displayed as some dividing scheme, it was clear that the idea of what a patriot is in this zeitgeist didn't sit well with me. So, back in Ukraine, I redid my classes in patriotism and learned about what it means to be a true patriot and the deeper values we attach to that title.
A few times, when the atmosphere was suitable, I asked people I met: "What does it mean to be Ukrainian?” I was astonished by the recurrent theme of the answer, coming from several different, unrelated people. They all responded with a variation of a single phrase: "It means to be free. If you love freedom and support our independence, anyone can be Ukrainian." It reminded me of the words of Pierres Falardeau. Although I feel uncomfortable with the latter, he did not fail to make me smile a few times:
"I don't want to know where they come from, I want to know where we’re going. People, they can be white, yellow, black, mauve, blue with yellow-orange spots: I don't care. If they want to fight me, they're my brothers!
The awkwardness back home
Over the past few years, I've become more aware of First Nations issues. I've learned about systemic racism and its implications, and I'm making myself attentive and available to learn more about their history. When I was younger, the way the school portrayed First Nations gave me the impression that they were practically extinct and talked about them in an almost anecdotal way. From then on, the moment I thought about my identity in relation to the rest of Canada, I felt uneasy, because I couldn't think of that identity as an end in itself if I didn't open up to what was really in our province, and had been for much longer than "us." Whenever I compared the Ukrainian struggle with that of the Québécois, a strong voice always took over, and made me realize that this struggle may in fact be closer to the struggles of the First Nations, as they were also colonized by the French. So, I'm part of the problem until I'm clearly part of the solution. Ironically and sadly, it took being in Ukraine for me to realize that each Aboriginal nations are by themselves a whole country to be discovered, and that I know far too little about them. Our patriotism and culture should not be created around the idea of a single language but should also include the 9 aboriginal languages still spoken in the province.
In Ukraine, although I've seen efforts to prioritize Ukrainian, regions in the south - like Odesa - remain predominantly and openly Russian-speaking. They don't feel any less Ukrainian. When I arrived in this city, I had never seen so many blue and yellow flags in the streets. Fluttering on a building or painted at every address, it was obvious that Russia didn't have a foot here, despite the dominance of its language in public space.


When I asked a cab driver about the omnipresence of the flag, he replied: "Odesa is Russian-speaking, but we're no less Ukrainian. We display the flags to make it clear: we're not Russian." Once again, I can't help but think of Quebec, its English-speaking population and our constant mutual grumbling. Yet René Lévesque was clear about the role of anglophones in sovereignty. It should be no different for our identity and patriotism.
Our patriotism must also include the fact that - despite infrastructure problems - we remain a dream land for many people from all over the world. We mustn't curse the fact of immigration but welcome it and integrate it into our approach and our shared identity: it's entirely possible for patriotism to extend to all those who adopt Quebec as their home and decide to live here, just as the patriots of Ukraine welcomed me as one of their own, because I shared their state of mind.
Allegiance to the State of Mind
The forging of patriotism should in fact be based not on our past ambitions, but on a great cultural history to be accomplished, and a future to be realized. Ukrainians taught me that patriotism is not about belonging to a state, but a state of mind. It's a heartfelt sense that can survive political repression and even the absence of a nation. As long as we have a culture, a language to carry it, and peaceful lands to propagate it, we have freedom.
I plead for a benevolent patriotism that means not only accepting the past, but above all lucidly sharing our present and our future: Our future must be the sum of yesterday's mistakes and today's lessons. We must embrace the different languages that live and want to live here. There is no longer any room for xenophobic pack patriotism, which only wants to reinforce its own traditions. A more inclusive patriotism that weaves together our communities isn't just a better way of making history, it's also a better way of living in the present.
Does all this have to take place in a country of our own?
We don't need to know now.
We'll know when we're finally patriots again.
Слава Україні
Слава Квебеку
Героям слава

